29 août 2014

Le biotope du prunellier


Le prunier sauvage, aussi appelé prunellier ou épine noire, est une essence forestière fruitière
pionnière en France et dans le sud-ouest de l'Europe. Il est présent sur tout le territoire avec une concentration forte dans l'Est, le Nord et le Centre de la France.

Prunus spinosa pousse en bordure de forêt et dans toutes les zones en friche ou en transition vers la forêt. Il pousse dans les taillis, les haies, les bords des chemins, les bordures forestiers et la majorité des fruticées.

Il est souvent associé à l'aubépine, au cornouiller sanguin et à d'autres arbustes fruitiers, notamment les espèces à baies et à noix, glands, faines, samares, noisettes, des lianes ou des plantes grimpantes et le brachypode. Il apprécie la présence d'humidité et de fixateur d'azote mais s'accommode de conditions bien plus pauvres.

Son biotope de référence est la haie champêtre des plaines et des collines, et la haie forestière des érablières champêtres dans les chênaies-hêtraies, ou les charmaies-hêtraies.

Plus d'infos sur le biotope de la fruticée.

bientôt de nouvelles infos :-)




Le prunellier Prunus spinosa
Le prunellier affectionne les situations ensoleillées de plaine et de moyenne montagne, en dessous de 500m d'altitude environ, parfois plus. C'est une espèce rustique des climats tempérés. On le trouve sous forme de buisson, d'arbuste et de petit arbre. Il a un système racinaire superficiel très puissant; il colonise souvent des espaces entiers et peut devenir envahissant; il drageonne et marcotte spontanément en frôlant le sol. C'est un arbre épineux, comme beaucoup d'espèces fruitières sauvages de la famille des rosacées, qui sert de haie défensive.

C'est une espèce ubiquiste, même s'il préfère les sols argilo-calcaires riches en azote.

Il tolère très bien le sol rocheux, drainant, acide et pauvre; il pousse même sur des sols dénudés et accommode de peu de plantes compagnes. Il est peu exigeant et n'a pas besoin de fixateur d'azote; mais leur présence booste leur croissance et leur fructification.

Il tolère une forte humidité, jusque dans des sols marécageux. Dans ce cas, il s'associe souvent aux Salicacées d'après nos observations en Bourgogne. Le Saule est une plante immuno-stimulante, anti-inflammatoire et analgésique. Les variétés de saule qui poussent dans les zones humides, sableuses et qui ont un fort développemtn et une croissance rapide, sont des fixateurs d'azote atmosphériques (voir les recherches d'ulvich et Taghari 2008-2009, et d'autres). La présence de Salicacées lui transmet des enzymes antifongiques, antivirales et antiparasitaires nécessaire en zone hydromorphique pour réguler les maladies cryptogamiques par exemple, grâce à l'acide salicylique et l'acide jasmonique, exsudées chimiquement par voie racinaire mais surtout aérienne. Une plante avec les mêmes propriétés est la reine des prés qui contient de l'acide salicylique et de la coumarine. L'épilobe aurait aussi beaucoup de propriétés. L'aspirine biologique interne à la plante déclencherait la production de protéines de défense capable de détruire les agresseurs. Le ph de sa sève est acide et contient une hétérocyde cyanogénétique toxique, comme tous les pruniers et les cerisiers. Pour plus d'infos, consultez notre article "Les stratégies immunitaires des plantes".

Ses prunelles acidulées sont comestibles blettes en automne, crues ou cuites. Elles mesurent en moyenne 1 cm. Les prunes du prunier myrobolan sont plus douces et plus grosses, de 2 à 3 cm. Les fruits poussent directement sur les branches et les rameaux. Il produit des prunes en grande quantité et l'arbre penche souvent sous leur poids. Il fleurit en avril, sur les rameaux de l'année précédente, avant les feuilles. Il annonce le débourrage des vignes. Le prunellier est auto-stérile et a donc besoin de la présence d'autres pruniers pour fructifier.
prunelliers en fleurs mars-avril
le biotope du prunellier
ARBRES: chêne pédonculé, frêne.
ARBUSTES: aubépine monogyne, cornouiller sanguin, troène, noisetier, fusain, viorne lantane.
LIANES: lierre grimpant, rosier des chiens.
HERBACEES: -
GRAMINEES: brachypode des champs.
COUVRE SOL: - lierre ou brachypode des champs.
NFP:-

actualisation article : février 2015 - en cours.
erratum: dans la quantité de chaque plante par biotope et donc dans leur ratio proportionnel à l'hectare. la correction a été apportée sur les chapitres traitant cette information. les pourcentages de fidélité restent correctes.
correction apportée: intégration des seuils d'abondance des plantes en pourcentage, venant corriger les erratum sur le nombre de plantes par rapport à la végétation totale.

Sur 1km², 100 hectares, 12 espèces caractéristiques peuplent ce biotope. Les arbres fruitiers sont majoritaires. 7 espèces sur 12 sont des arbustes à baies, soit 58%, et 1 liane, 8%, 3 espèces produisent des noix (noisettes, glands, samares) soit 25%, et 1 herbacée produit des graines 8%. D'autres arbres fruitiers et forestiers écologiquement similaires sont susceptibles de partager ce biotope: le robinier faux acacia*, l'orme champêtre, l'érable champêtre, le merisier, le cerisier aigre, le noyer, le nerprun purgatif et des lianes fruitières: le tamier, la clématite blanche; tous produisent une graine ou un fruit comestibles très appréciés de la faune.

Le prunellier représente 25% minimum (abondance 3-6) de la végétation du biotope et l'aubépine monogyne +10% minimum (abondance 2-6). Ces arbrisseaux sont les espèces dominantes de la végétation de ces milieux. 

Dans les milieux qui partagent les mêmes caractéristiques écologiques, on retrouve le cornouiller sanguin à +25% minimum (abondance 3-6), le troène à +25% minimum (abondance 3-6), la clématite blanche à +10% minimum (abondance 2-6), le rosier des chiens à +10% minimum (abondance 2-6), la fraise des bois à +10% minimum (abondance 2-6), le nerprun entre 10% min et 75% max (abondance dominance 2-5), la viorne lantane entre 10% min et 75% max (abondance dominance 2-5).
(* seuil d'abondance minimale - dominance maximale 1= <10%, 2= >10%, 3=<25%, 4=< 50%, 5=>75%, 6=100%).

100% des arbres et arbustes produisent des baies, des petits fruits ou des graines (noisettes, glands, faines, samares)... 67% sont des fruitiers à baies, 25% sont des arbres à noix (glands, noisettes, samares) et 8% sont représentées par une graminée (graine).

Le prunellier a besoin d'autres pruniers pour fructifier, ce qui explique qu'il est sa première propre plante compagne. Le prunellier est aussi fidèlement associé à l'aubépine monogyne à 64% et au cornouiller sanguin à 49%.

autres variétés de pruniers sauvages ou spontanés: prunellier, prunier myrobolan, prunier cerise.

les associations:
Le prunellier s'associe fidèlement à 64% avec l'aubépine monogyne.
suite de l'article en cours.

Les plantes écologiquement similaires au prunellier:
L'aubépine monogyne et le cornouiller sanguin. Ainsi que le merisier, le cerisier aigre et le noyer. Ces variétés correspondent à beaucoup d'espèces cultivées dans les vergers français, notamment dans le nord-est de la France.
phytotype aubépine monogyne

phytotype cornouiller sanguin
Ces suggestions de plantes fidèlement associées à ces espèces de la famille des Rosacées - subd. prunus, permettent d'adapter les associations et de les diversifier. En combinant les plantes écologiquement similaires de l'aubépine et du cornouiller sanguin par exemple, on élargie donc le biotope de référence à ces espèces:

ARBRES: chêne pédonculé, chêne pubescent (chêne truffier), frêne, orme champêtre, érable champêtre, charme, robinier faux acacia*, merisier, noyer, pommier sauvage, alisier torminal.
ARBUSTES: aubépine monogyne, cornouiller sanguin, troène, noisetier, fusain, viorne lantane, nerprun purgatif, cerisier aigre, chèvrefeuille des haies.
LIANES: lierre grimpant, rosier des haies, clématite blanche, tamier, chèvrefeuille des bois.
HERBACEES: hellébore fétide, épipactys à large feuilles (orchidée sylvestre), euphorbe des bois, campanule à feuille d'ortie, rosier des champs.
GRAMINEES: brachypode des champs, brachypode des bois.
COUVRE SOL: fraise des bois, lierre, brachypodes sp..
NFP: robinier faux acacia.

Par extension, vous pouvez intégrer des espèces du biotope du cerisier aigre, du merisier et du noyer. L'aubépine monogyne est l'ancêtre européen des Malacées comme les pommiers. Les malacées comme les pommiers, les néfliers, les cognassiers et les poiriers peuvent donc aussi rejoindre votre design permacole. Les viornes font aussi parties des espèces compagnes; il existe 3 variétés principales: la viorne lantane, la viorne obier (boule de neige) et la viorne trilobée (comestible cultivée originaire du Canada) ainsi que d'autres arbustes de la famille des Adoxacées comme les sureaux en zone humide.

Les autres variétés de pruniers sont le prunier myroblan et le prunier domestique. Ils affectionnent des stations plus ensoleillées le plus souvent dans le sud-ouest de la France et la méditerranée.
>>> à venir.

Plus d'infos sur le biotope du noyer et le biotope du pommier.


le biotope du prunier sauvage

NOUVEAU.
à venir.



ZOOCHORIE
La haie fruitière est le garde manger des animaux de la forêt, des oiseaux, des faisans, des chevreuils, des lapins, des écureuils, des martes, des renards... Elle est le refuge des oiseaux comme les mésanges, les perderies et les faisans, des petits mammifères comme les hérissons, les lapins, les écureuils et un abri pour les chevreuils. Les renards, la belette et les blaireaux apprécient aussi leurs fruits.

MYCOLOGIE
le polypore robuste




observations de terrain
une haie forestière de prunelliers arbustifs (1 à 3m)


une forêt fruitière de prunelliers arborescents (4m à 8m)





Observation au verger:
jeunes polypore robuste sur un quetschier +20 ans.
Au verger, des polypores robustes - phellinus robustus-, poussent sur les vieilles branches des pruniers. C'est un des polypores lignicoles les plus robustes, à tel point qu'on ne peut pas les séparer des branches sur lesquelles ils fructifient, à moins de le scier. Cet attachement joue un rôle crucial pour les chênes et les arbres fruitiers. En cas de tempête, les branches des arbres colonisées par le champignon cassent, ce qui évite à l'arbre de se déraciner, en lâchant du leste et en abaissant sa résistance aux vents. Lorsqu'une branche se casse par le vent, le mycélium fructifie et continue de se reproduire un fois la branche tombée sur le sol, le choc et les vibrations activent même sa fructification, comme la majorité des polypores. Si votre verger est soumis à des vents dominants, réjouissez vous de la présence de ces champignons, ils vont permettre à l'arbre de régénérer ses branches en les cassant, inutile de tailler. En cas de tempête, au pire, l'arbre cassera, mais son système racinaire restera encrer au sol, pour régénérer.

Un témoin de la relation mutualiste, c'est que j'ai vu des branches en apparence mortes - qui ne développaient plus de feuilles ni de fruits à cause du feu bactérien et du chancre - se régénérer après la présence des jeunes polypores. Le phellinus robustus produit du peroxidase de manganèse, qui a une activité antioxydante importante et inhibitrice des dégénérescences cellulaires (tumeurs), les ralentit sans pour autant les soigner directement. Le polypore possède une activité adaptogène, incluant une aptitude antistress et une action cryptoprotectrice. (source Robert Rogers - The Fungal Pharmacy).

Un frelon est aussi venu se loger dans une vieille branche à côté où pousse un polypore. Paul Stamets démontre depuis 2014 le lien étroit qu'il existe entre arbres, mycélium et abeilles. En effet, le mycélium produit des enzymes lorsqu'il est exposé aux UVs par exemple, qui contient de l'acide p-coumarique. Cette substance mielleuse, surnommé "mycohoney", permet aux abeilles d'activer leurs 47 gènes de défenses immunitaires et de détoxifier leur organisme en été. On retrouve cette substance dans le propolis. parmi les champignons recherchés, les polypores font partie des favoris. Mais on observe ce phénomène sur d'autres champignons, notamment lorsque le mycélium est accessible sous une couche de débris ligneux, que les insectes peuvent ainsi déplacer, pour exposer le mycélium aux uvs et provoquer cette sécrétion mielleuse. +infos dans l'article "L'apiculture naturelle en warré".

Tout ce beau monde a permis naturellement de réguler les parasites, maladies et autres pathogènes dont souffraient l'arbre. Les prunes véreuses ou moisies sont de plus en plus rares. Les branches sénescentes sont mycodigérées suite à la perforation des frelons et des guêpes, colonisées ensuite par les lichens qui sécrètent des acides, les branches finissent par casser et tomber d'elles mêmes avec le vent -où ils continuent leur travail, l'arbre peut ainsi régénérer de nouvelles branches. La sève est redynamisée et le polypore protège l'arbre contre les pathogènes grâce à ces puissantes enzymes antibactériennes et anticancéreuses. Inutile donc de tailler un arbre, il sait comment faire et avec qui faire affaire. Ma seule intervention se limite à faciliter la cassure des branches lorsque c'est le moment, et de faciliter la croissance des jeunes branches.

Le développement du polypore est un bio indicateur de l'âge avancé du fruitier, qui devrait entrer en fin de production ou en sénescence dans les prochaines années. Il est possible de régénérer l'arbre en le coupant à la base; il reprendra en drageonnant tout en bénéficiant du système racinaire adulte du prunier, la régénérescence est fulgurante si elle est opérée avant les 30 années de l'arbre car il y a suffisamment de sève et l'arbre est suffisamment jeune pour activer une nouvelle poussée.

les applications en permaculture
En regroupant les espèces fidèles à vos pruniers, vous recréez les biocénoses associées à votre prunier: faune, flore et fonge. 

Depuis 4 ans, je travaille à la régénération d'un verger de pruniers en verger sauvage. La forêt jardin ressemble de plus en plus à une fruticée forestière. C'est le terrain d'expérimentation pour notre démarche sur les biotopes : réinviter les relations phytosociologiques sauvages dans les vergers cultivés.
"Tout verger laissé à lui même retourne spontanément 
à l'état naturel de forêt par des processus régulateurs."

Le verger du grand-père est en transition vers la forêt, et toutes les régulations sont en cours. Des arbres fruitiers qui ne fructifiaient plus, couverts de chancre, de moniliose, de vers et autres, est en passe de retrouver un équilibre dynamique après 3 ans de friche ( 2009 à 2013) et 2 ans de régénération permacole (2013 à 2014). Le pommier s'est totalement régénéré! Encore un an ou deux pour une réminiscence complète.

En 2013, nous avons soigné les grosses plaies à la chaux et en automne nous avons élagué les pruniers et les mirabelliers couverts de branches mortes chaotiques qui ne fructifiaient plus et "sacrifié" quelques arbres pour dégager de l'espace pour les autres. Toutes les branches ont été utilisées pour créer une haie au nord, niche écologique. Ces arbres coupés drageonnent depuis en buissons et nous sélectionnons certains de ces rejets pour devenir de nouveaux arbres fruitiers. Le reste est un mélange d'observation, d'ensemençage de graines sauvages et de plants forestiers, de design de buissons, de haies et d'allées selon le cour de développement des rejets, la levée de dormance des graines et le germination spontanée de graines ramenées par les oiseaux et les renards. Je ne cherche pas à "cultiver" ici, mais à expérimenter la régénération spontanée d'un verger cultivé en verger sauvage pour apprendre de la Nature. La végétation me guide et je dessine selon ses directions; les ronces ont été pour cela une vraie leçon! Je m'inspire de ce qui se passe en forêt, notamment sur les allées et les chemins que les animaux dessinent en forêt avec leur passage et suite aux chutes d'arbres. Je veille à respecter scrupuleusement les cycles de floraison et de graines des herbacées: si un chemin est devenu inaccessible, j'attends que les fleurs et les graines soient à maturité avant de faucher l'allée; il y a bien d'autres chemins à prendre en attendant, parfois de nouveaux chemins s'imaginent, d'autres se referment par le développement de la végétation, c'est évolutif.

Cette démarche de phytosociologie appliquée s'inscrit dans la continuité et le respect des stratégies d'évolution des plantes. Elle est en phase avec le principe fondateur de la permaculture qui est: "Travaille AVEC la Nature, et non contre Elle".

Ce terrain d'expérimentation est la transition à petite échelle (800m²) entre le biotope sauvage (observation in situ en forêt et dans les vergers abandonnés) et la forêt fruitière de 4ha pour le projet Permaforêt 2015.

En 2015, je voudrais expérimenter le compagnonnage d'arbres fruitiers ( 2013), d'essences forestières (2013), de champignons (2014), de poules (2014) et d'abeilles (2015).

Par curiosité, jetez un coup d'oeil sur le projet du verger sauvage ici: "Comment régénérer un verger en forêt jardin?".
le verger sauvage en Bourgogne
régénération de biotope
prunier, quesch, mirabelle, cornouiller sanguin, aubépine, cerisier aigre, noyers, merisier,
alisier torminal, chêne, charme, orme, ronces, rosier, pommier, robinier.
+infos sur "Comment régénérer un verger".